Bistro 98 signe, cuisine et régale

Chaque mois, on cherche l’adresse qui sort du lot. Ce mois-ci, elle se trouve à l’étage, en face de la Nouvelle Usine, entre Floréal et Curepipe. Murs sombres, ambiance de bar rock, presque punk. Derrière, une salle aux tables classiques, une scène équipée de micros et d’enceintes, un coin lounge où les canapés partagent l’espace avec des jeux de société. Sur le mur, les signatures des clients s’accumulent comme un livre d’or. Le nom de la trouvaille ? Bistro 98. Retenez-le, on y revient…

Pour comprendre, il faut remonter au confinement. Patrick Antonio travaille alors dans le tourisme depuis plusieurs années. Le pays s’arrête, les salaires fondent, et il fait ce que font les gens qui ne savent pas rester immobiles : il allume un feu. Des grillades, depuis chez lui. Ça marche très bien, dit-il, sans en rajouter. Puis le pays rouvre, le plein temps reprend ses droits, et l’aventure se referme. L’envie, elle, reste allumée à petit feu pendant des mois. Il y a environ un an, l’occasion se présente. Patrick rachète le nom commercial Bistro et y ajoute 98, l’année de naissance de son enfant. Le rêve n’était pas seulement le sien : c’était celui de toute une famille. Cindy, son épouse, s’y installe comme un vrai bras droit, présente partout à la fois.

Restait la question qui compte : que servir dans un marché déjà saturé ? De connaissance en connaissance, Patrick rencontre un chef reconnu qui préfère l’anonymat et qui l’aide à bâtir sa carte, ses plats signatures, sa direction. Un chef avec des idées mais sans lieu, un restaurateur avec un lieu mais sans carte. La rencontre tombait bien.

Dans l’assiette, ça se sent. Croquette de manioc au brède national et emmental, mousse de crevette croustillante et rouille aux épinards, escalope de poisson sur purée de manioc. La Pizza 98 poulet dépasse l’excellent : 100 sur 10, sans discussion. Le Jack Daniel’s burger arrive flambé devant vous, le pain refermé au dernier instant, et le Death by Cheese tient exactement la promesse de son nom. Entre les gadjacks, les curry, le salmi poulet et les plats poêlés, la carte navigue sans complexe du mauricien à l’international.

Et puis vient l’argument imparable : le prix, une fois rapporté à la portion, à la qualité et au goût. Que dire de plus ? Ah oui, l’ice tea et le jus pétillant sont faits maison, évidemment. Comme si on n’en avait pas déjà assez pour repartir convaincu.

Traversez la route, montez à l’étage. Patrick vous accueillera comme il accueillait ses clients, Cindy veillera sur le reste, et le chef restera dans l’ombre, humble et passionné. Il ne signe pas ses plats. Ce sont les clients qui signent le mur. Il reste de la place, allez-y avant qu’il n’y en ait plus !

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