Franchir le seuil du restaurant L’Assiette d’Antan, nous vous le confirmons, c’est accepter de remonter le temps ! À Moka, une demeure coloniale de deux cents ans a troqué ses salons d’autrefois contre l’une des tables les plus attachantes de l’île, celle où la cuisine mauricienne se conjugue au passé pour mieux séduire le présent.
Le décor plante l’ambiance sans forcer le trait : varangues, charme d’époque, lumière douce. La bâtisse a beau avoir deux siècles, elle n’a rien perdu de son sens de l’hospitalité. Quatre-vingt-quinze couverts au déjeuner comme au dîner, une cinquantaine de places au lounge pour les retardataires, et jusqu’à deux cents convives quand la fête l’exige. Déjeuner d’entreprise, graduation, fiançailles, la maison se privatise avec la même élégance qu’elle met à dresser ses tables.
Mais venons-en à l’essentiel : ce qui fume dans les marmites. Le buffet ouvre le bal avec un menu du jour au poulet, au poisson ou à la viande, flanqué de currys qui ne plaisantent pas, de riz ou de farata sortis du feu. Les végétariens paradent entre les 7 currys, la rougaille paneer et le curry bringelle, tandis que le cari ourite, le cari agneau, le poulet tilani et le sauté de poisson salé se disputent les faveurs des autres. Et puis il y a les gadjacks, chapitre incontournable où nous, Mauriciens, connaissons rarement nos limites : poulet croustillant, sauté de foie de bœuf, ourite safranée, akra de poisson salé. On commence par en piquer un, on finit par surveiller l’assiette du voisin.
Le bar, lui, a décidé de ne pas faire de la figuration. Son mojito spécial cari poulet, introuvable ailleurs et probablement inimaginable ailleurs, trône fièrement parmi les cocktails et mocktails maison. On hésite, on goûte, on comprend.
Cette belle aventure doit aussi beaucoup à la MauBank, partenaire de confiance de l’enseigne comme de nombreuses entreprises locales, la preuve qu’une banque peut aussi mettre la main à la pâte.
Vous voilà prévenus : on entre à l’Assiette d’Antan pour un simple déjeuner, on en ressort avec des projets de retour dès la semaine suivante. La maison a deux cents ans d’expérience dans l’art de retenir ses invités, et visiblement, elle n’a pas fini de perfectionner sa technique. Libre à vous de résister, mais entre nous, pourquoi se priver d’un si joli voyage dans le temps ?